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Le siècle des lumières

Source : http://profbof.com/

(18ième siècle)

Autant à la période précédente (Mentalité (4) moderne (16 et 17 s.) des génies avaient changé la vision globale de notre environnement physique et amené des concepts nouveaux
pour le penser, autant en ce 18ième siècle, les vedettes, l’élite, ceux qui donneront le ton, seront des penseurs qui, en France, se proclameront «
philosophes » (on dirait aujourd’hui « des intellectuels ») et ils enclencheront, dans la mouvance des penseurs anglais, une révolution au plan des idées, au plan
social et au plan économique

Une image clef pour cette période, ce serait l’homme monté sur un piédestal, l’homme affichant sa force ou faisant un bras d’honneur aux conceptions antérieures plus traditionnelles.

Le mal apparaît de plus en plus comme ayant sa source dans les religions dites surnaturelles ou révélées qui étouffent le potentiel naturel de l’homme.

Comme couronnement d’un siècle dominé par ceux qui se proclamaient des « philosophes », on dresse à la fin du siècle un autel à la déesse raison, comme substitution
symbolique au christianisme qui est remis en cause, avec ses dogmes, ses mystères, ses commandements, de Dieu ou de
l’Église

I. HUMANISME NATURALISTE

CONFIANCE DANS LES POSSIBILITÉS NATURELLES DE L’HOMME

La Nature ou mieux la Raison prennent le relais et se posent comme substituts. à la différence des siècles précédents, en opposition aux conceptions
pessimistes découlant du péché dit originel et de la nécessité d’aide surnaturelle pour bien penser et se conduire, l’homme à tout ce qu’il faut en lui-même pour s’accomplir
et déployer toutes ses virtualités.

a) LE COURANT PRINCIPAL :

Le culte de la raison peut avoir bien des sens selon qu’on l’oppose à la foi religieuse, à l’expérience ou au sentiment.

Un premier sens s’étend à tous les travaux qui ont pour but de miner toute religion et évidemment la religion officielle qui incarnera le mal à proscrire. La raison pour dégager toute sa
puissance et donner toute sa mesure doit se dégager de l’emprise des religions mais aussi de tout ce qui peut la corrompre : l’état, les superstitions, l’ignorance, les préjudices, le vice,
etc.

Une expression célèbre résume cet anti-cléricalisme acharné et militant : « Écrasez l’infâme »

C’était le post-scriptum des lettres de Voltaire.

Le déisme de Voltaire et de Rousseau conduira Robespierre à célébrer le culte de l’être suprême.

SYMBOLES D’UNE ÉPOQUE. Compétition entre Divinités :

A la Révolution française, on célèbrera également à Notre Dame le culte de la Déesse Raison et la cathédrale sera rebaptisée pour un temps Le Temple de la
raison

Ce RATIONALISME se double d’un grand optimisme

« La raison qui éclaire le monde »

Deux philosophes fournissent l’armature philosophique de cet optimisme qui est la marque de ce siècle et du suivant.

Leibniz

Dieu dans son infini sagesse ne pouvait faire un autre monde que celui-ci; si un autre monde meilleur avait été possible, il l’aurait fait nécessairement.
Évidemment il faut tenir compte que les maux peuvent être parfois des conditions nécessaires pour de plus grands biens. Nous sommes donc, malgré les
apparences, dans le meilleur des mondes possibles.

Voltaire ridiculisera cette idée dans son Candide.

Hegel

Au tournant du siècle, il fournira des arguments sophistiqués pour justifier l’idéologie du progrès du 18ième et 19ième siècle.

Pour Hégel tout est rationnel. Il voit le triomphe de la logique partout. Une logique bien spéciale faut-il dire qui est la loi même du devenir. Toute
l’histoire, celle des évènements, des progrès sociaux ou moraux comme celle des progrès de la pensée ou des arts, ne font qu’obéir à une logique de
thèse-antithèse-synthèse. L’intérêt de ce petit moteur à trois temps qui est au cœur du devenir de toutes choses, de l’histoire en particulier, est que
tout est logique et conduit fatalement au Progrès. .. au lendemains qui chantent.

A. courant principal. Exaltation de la raison

B. courant secondaire : sentimental et romantique.

Trois autres variantes du naturalisme

a) Religion NATURELLE VS RELIGION SURNATURELLE.

Contrairement au courant principal qui visait toute religion, un autre courant, à la suite de Rousseau, exalte une religion naturelle, une religion près de la nature.

C’est la nature qui parle le mieux de Dieu et non la Bible.

Tout être humain est doué par la nature d’une conscience et y trouve tout ce qu’il faut pour se bien conduire, pour faire le bien et éviter le mal.

Aucun besoin de moralistes ou de spécialistes pour reconnaître le bien ou le mal qu’il connaît naturellement et spontanément dans le secret de sa conscience

b) Le sentiment, le cœur sont de meilleurs guides que la raison ou la philosophie. La raison nous égare dans ses distinctions, nous dessèche le cœur.

c) Exaltation de l’homme naturel par opposition à l’homme dit civilisé, qui s’est éloigné de la nature et qui croupit sous les artifices et les mensonges de la société.

Inspiré par des récits qui venaient des pays nouvellement découverts, on crée le mythe du « bon sauvage », près de la nature, pas encore corrompu.

« L’homme tel qu’il a été fait et non l’homme tel qu’il s’est fait »

On inverse ainsi la conception chrétienne du péché d’origine et du paradis terrestre.

La civilisation est le nouveau péché originel et la source du mal, l’origine du vice, de tous les artifices et des faux besoins.

« L’homme est né bon c’est la société qui le corrompt »

Le nouveau mythe est promis à un grand succès : du primitif à Tahiti, de l’enfant au paysan, de la campagne à la ville, des Hippies…Lieux privilégiés ou incarnations de
l’innocence…naturelle et primitive

À l’opposé : « La Nature brute est hideuse et navrante; c’est moi, moi seul qui peut la rendre agréable et vivante; desséchons les marais, animons ces eaux mortes… mettons le feu à ces vieilles
forêts..; une Nature nouvelle va sortir de nos mains. » Buffon (1707-1788)

j.-j. Rousseau.

« Me voici donc seul sur la terre, n’ayant plus de frère, de prochain, d’ami, de société que moi-même. Le plus sociable et le plus aimant des humains en a été proscrit. Par un accord unanime
ils ont cherché dans les raffinements de leur haine quel tourment pouvait être le plus cruel à mon âme sensible, et ils ont brisé violemment tous les liens qui m’attachaient à eux. J’aurais
aimé les hommes en dépit d’eux-mêmes… »

C’est à cette époque que Pinel considère l’insanité comme une maladie naturelle par opposition à un phénomène diabolique ou un châtiment divin.

***

Beccaria renouvelle aussi les conceptions de la criminalité et préconise des changements dans l’emprisonnement et le châtiment.

***

C’est aussi à cette époque, que ressentant certaines pulsions venant de sa nature, un certain Marquis justifiait ses pratiques …sadiques.

« Mon enfant, n’attendez de moi ni des discours savants ni de profonds raisonnements, Je ne suis pas un grand philosophe, et je me soucie peu de l’être. Mais j’ai quelquefois du bon sens, et
j’aime toujours la vérité. Je ne veux pas argumenter avec vous, ni même tenter de vous convaincre; il me suffit de vous exposer ce que je pense dans la simplicité de mon coeur. Consultez le
vôtre durant mon discours; c’est tout ce que je vous demande. Si je me trompe, c’est de bonne foi; cela suffit pour que mon erreur ne me soit point imputée à crime: quand vous vous tromperiez
de même, il y aurait peu de mal à cela. Si je pense bien, la raison nous est commune, et nous avons le même intérêt à l’écouter; pourquoi ne penseriez-vous pas comme moi? » Rousseau.

II. la liberté prend un sens politique

Le mot liberté a de multiples sens.

Le premier, le plus fondamental, le sens de libre arbitre, signifie la maîtrise que l’homme aurait sur son action, du moins sur
certaines de ses actions et la responsabilité qui en découle (Voir si intéressé : LIBERTÉ (RÉALITÉ OU ILLUSION?)

L’autre sens, celui dont il est ici question, porte sur la libération ou l’affranchissement des contraintes extérieures qui viennent limiter l’action de l’homme.

En ce sens, on peut vouloir se libérer de ses chaînes, de son milieu familial, etc.

Le 18ième siècle sera à juste titre le siècle de la libération politique et de la libération économique (surtout en Angleterre)

A. La démocratie libérale

La génération de Voltaire comptait surtout sur les Despotes éclairés (par les « philosophes » évidemment) pour réaliser les réformes qu’ils préconisaient et souhaitaient.

Cependant vers la fin du siècle, des idées nouvelles apparaissent et les évènements se précipitent; on assiste à une transformation majeure de la
société, la Révolution française. Il en sortira le meilleur et le pire.

Retenons ici les principes les plus positifs :

1. La souveraineté du peuple

L’AUTORITÉ ne vient plus de Dieu, via le roi, comme on le proclamait jadis mais jaillit d’un contrat social, ou les intéressé délèguent à certains le
pouvoir nécessaire pour la bonne marche de la société. L’autorité ne vient que du peuple et s’exerce en son nom. Quelques années auparavant les penseurs de
la Révolution américaine alimentaient la pensée des révolutionnaires qui étaient fascinés par ce qui se passait de l’autre coté de l’Atlantique.

Cette souveraineté du peuple entraîne l’élimination de la Royauté (ou la vide de l’intérieur). On récuse la prétention que cette dernière se justifierait
par l’hérédité et par Dieu en dernier ressort. Évidemment l’hérédité était le plus mauvais critère de compétence pour exercer les fonctions suprêmes d’un état moderne… à
moins que l’on se réfère à la théorie, abandonnée depuis, de la transmission des caractères acquis.

2. Le suffrage universel. La règle de la majorité.

Fort mal justifiée cependant : le bon peuple (Rousseau) ne peut s’égarer quand il s’agit de son propre bien. On se croit obligé de conférer au processus
une certaine infaillibilité pour le justifier… (Gus, il suffit d’avoir perdu quelques fois ses élections pour douter de l’infaillibilité du processus)

Comment justifier alors le suffrage universel ? C’est le moindre mal et le meilleur garant de la paix sociale, certainement meilleur critère que les alternatives : la force,
l’hérédité, le tirage à la courte paille, celui qui crie le plus fort, les groupes de pression les plus efficaces, les pouvoirs de l’argent, etc. Et il va de soi que le suffrage universel doit
être encadré par des lois pour garantir son authenticité toujours menacée (vs. Vol, argent, )

3. Chartre des droits de l’homme.

Malheureusement les majorités ne sont pas aussi lucides ou honnêtes que l’optimisme de Rousseau pouvait le laisser entendre. Elles peuvent être intolérantes face aux minorités et être
despotiques. Il est facile de trouver des majorités pour éliminer l’indésirable ou le trouble-fête.

La meilleure sauvegarde est de fixer dans des Chartes les droits fondamentaux de chaque citoyen face à la majorité et aux autres.

C’est un des acquis majeures du 18ième siècle avec la séparation des pouvoirs préconisée par Montesquieu : autant de mesure pour échapper à l’absolutisme dont on avait
souffert.

LE TRIO LYRIQUE :

Liberté, Égalité, fraternité

Un cri du cœur, mais aussi un programme pour l’avenir.

On avait à peine vu que les deux premières notions sont quelque peu antithétiques ou difficilement compatibles quand on les met en pratique. Si on accorde pleine liberté à
tous, certains réussiront mieux que d’autres et l’égalité en prendra un coup.

Ce difficile équilibre entre LIBERTÉ et ÉGALITÉ, c’est l’histoire politique et sociale qui s’amorce au plan des idées au siècle suivant et qui sera la cause des plus
profondes divisions du vingtième siècle.

Et pourtant la solution à cette difficile conciliation des soeurs ennemies était contenue dans le troisième terme du trio lyrique : LA FRATERNITÉ….Mais il y a longtemps qu’on l’avait envoyé
par-dessus bord, pour ne le garder que dans les discours officiels et aux frontons des édifices
publics.

Discours de Danton, deux semaines avant son exécution

« Nous avons brisé la tyrannie des privilèges en abolissant ces pouvoirs auxquels n’avait droit aucun homme. Nous avons mis fin au monopole de la naissance et de la fortune dans tous ces grands
offices de l’état, dans nos églises, dans nos armées, dans toutes les parties de ce grand corps magnifique de la France.

Nous avons déclaré que l’homme le plus humble de ce pays est l’égal des plus grands. Cette liberté que nous avons acquise pour nous-mêmes nous l’avons
affectée aux esclaves et nous confions au monde la mission de bâtir l’avenir sur l’espoir que nous avons fait naître.

C’est plus qu’une victoire dans une bataille, plus que les épées et les canons et toutes les cavaleries de l’Europe et cette inspiration, ce souffle pour
tous les hommes, partout en tout lieu, cet appétit, cette soif de liberté jamais personne ne pourra l’étouffer.  »

C’est à cette époque qu’ont été mis en pratique, surtout en Angleterre, les principes de ce qu’il est convenu d’appeler le libéralisme économique. En
éliminant tous les obstacles accumulés à l’initiative, à la créativité et à l’effort d’un chacun, c’est une véritable force explosive qui à l’époque a changé la face de la
planète du moins en Occident et dans les régions qui ont imité ses méthodes et ses réussites.

En début de réflexion sur ce point fort délicat pour certains, il importe de voir qu’à l’époque il y avait très peu de différence dans le niveau de vie des populations du globe : une certaine
aisance pour l’élite politique et le niveau de subsistance pour le reste de la population.

Comment se fait-il que l’Occident se soit arraché à la pauvreté (ou misère) millénaire de l’humanité et que le tiers qu’elle représente soit de fait
l’exception par sa richesse et non les deux tiers ou trois quarts qui sont demeurés au niveau de subsistance. Ces populations ne se sont
pas enfoncées dans la pauvreté (sinon relative), c’est l’Occident qui en est sorti grâce à l’invention, à la créativité technique et aux lois qui les favorisaient.

Qu’est-ce qui distingue la pensée primitive de la pensée actuelle

Pensée primitive dite aussi

« sauvage »

Pensée actuelle ou « rationnelle »

Nature

L’homme est immergé dedans, fait corps avec elle.

C’est un être vivant

L’homme se sent extérieur à elle.

Il l’étudie, l’exploite, la maîtrise C’est un objet.

Famille

Une structure rigide, dont les schémas sont variables d’une population à l’autre

Une structure qui évolue.

Des schémas qu’on est libre d’adopter ou non

Organisation sociale

Une structure rigide et immuable.

Le groupe prime sur l’individu.

Des structures en conflits et/ou en évolution.

L’individu peut s’opposer aux intérêts du groupe et inversement.

Spiritualité

Dieu est le monde.

Les esprits sont partout

Dieu est vécu comme « extérieur au monde »

Chacun reste culturellement lié à sa religion tout en restant « libre » de s’en écarter.

L’athéisme est concevable.

Valeurs fondamentales

Le respect des règles (tabou)

La répétition à l’identique

La tradition

L’esprit critique

La liberté individuelle

L’innovation

La technologie et la science

La pensée magique est un système de pensée (propre aux peuples dits primitifs)

Ce n’est pas une pensée inférieure, c’est une pensée différente.

La pensée magique est persistante.

Comme l’eau dans l’huile, la pensée magique ne se mélange pas à la pensée rationnelle.

Les deux pensées peuvent coexister, au sein d’un individu, d’un groupe ou d’une nation.

La pensée rationnelle ne l’a pas détrôné dans tous les secteurs.

(ex. croyances, superstitions, goût pour l’irrationnel)

La pensée rationnelle explique le pourquoi et le comment des phénomènes, mais elle ne donne pas le sens ultime : du monde, de la vie.

La pensée magique est essentiellement structurée par le mythe.

Le mythe est une explication toute faite, un concentré de pensée doté d’une forte valeur symbolique.

Les deux pensées exercent une séduction.

Pensée magique : explication à tout / imaginaire / conquête des esprits

Pensée rationnelle : irréfutabilité, applications technologiques, conquête de la matière.